Episodes from Liberty City, c’est le pack qui réunit The Lost and Damned et The Ballad of Gay Tony, les deux extensions de GTA 4 sorties en 2009. Ce sont, à ce jour, les derniers vrais DLC solo jamais sortis pour un GTA. Seize ans plus tard, alors que GTA VI approche sans la moindre extension solo annoncée, retour sur le sommet d’un genre que le studio a lui-même enterré.
The Lost and Damned : Liberty City vue du caniveau
Le 17 février 2009, Rockstar lâche The Lost and Damned, première extension de Grand Theft Auto IV, sur Xbox 360. On y incarne Johnny Klebitz, vice-président du club de motards The Lost, une bande crasseuse d’Alderney rongée par les guerres de gang et la drogue. Là où Niko Bellic cherchait une rédemption, Johnny gère une fraternité qui se déchire de l’intérieur. Le ton est plus noir, plus désabusé, porté par une écriture d’une rare âpreté pour un contenu additionnel.
Côté jeu, l’épisode ajoute des guerres de territoire, la possibilité d’appeler ses frères de club en renfort, tout un lot de motos et des armes inédites : fusil à canon scié, lance-grenades, pistolet automatique, cocktails Molotov et bombes artisanales. Une greffe complète, pas un simple pack de skins.
The Ballad of Gay Tony : néons, parachutes et démesure
Huit mois plus tard, le 29 octobre 2009, The Ballad of Gay Tony prend le contre-pied absolu. On y joue Luis Fernando Lopez, garde du corps et associé d’Anthony « Gay Tony » Prince, roi déchu de la nuit de Liberty City. Fini le gris des faubourgs : place aux boîtes huppées, aux hélicoptères et à une énergie clinquante, presque parodique, qui rappelle les excès de Vice City.
C’est aussi l’épisode le plus généreux en gameplay : parachute et base jumping, fusil à pompe explosif, armes plaquées or, hélicoptère d’assaut, et une pluie de mini-jeux (gérer les clubs, danser, boire, combats en cage, sauts chronométrés). Beaucoup le considèrent comme la meilleure façon de jouer à GTA IV, tant il injecte du fun là où le jeu de base cultivait le réalisme pesant.
| Critère | The Lost and Damned | The Ballad of Gay Tony |
|---|---|---|
| Sortie | 17 février 2009 | 29 octobre 2009 |
| Héros | Johnny Klebitz, motard | Luis Lopez, videur de luxe |
| Ton | Sombre, crasseux, tragique | Clinquant, fun, démesuré |
| Ajouts phares | Guerres de gang, renforts, canon scié | Parachute, armes en or, mini-jeux |
| Metacritic (X360) | 90/100 | 89/100 |
Le vrai tour de force : trois histoires qui s’entrecroisent
Ce qui a fait entrer Episodes from Liberty City dans la légende du DLC, ce n’est pas seulement la quantité de contenu. C’est la construction. Les campagnes de Johnny et de Luis se déroulent en parallèle de celle de Niko, dans le même Liberty City, aux mêmes dates. Un deal de diamants foireux passe de main en main entre les trois protagonistes, chaque épisode éclairant sous un angle neuf des scènes déjà vues dans le jeu original. Vous croisez Niko au détour d’une mission, vous comprenez enfin qui tenait l’autre bout d’une fusillade. C’est un puzzle narratif, rare à cette échelle, qui transforme une ville en théâtre à trois points de vue.
Pourquoi Rockstar n’a jamais refait ça
Alors, pourquoi ce modèle a-t-il disparu ? La première raison est un chèque. Microsoft a payé à Take-Two environ 50 millions de dollars pour que ces deux épisodes restent exclusifs à la Xbox 360, avant leur portage sur PS3 et PC en 2010. Ce genre d’accord ne se reproduit pas facilement. La seconde raison est plus profonde : le contenu épisodique a rapporté moins que prévu, et surtout, GTA Online est arrivé.
Après eux, Rockstar n’a plus signé qu’une seule extension solo, Undead Nightmare pour Red Dead Redemption en 2010, avant de tourner définitivement la page. Les DLC narratifs promis pour GTA V ont été annulés, Red Dead Redemption 2 n’en a jamais eu, et le studio prolonge désormais ses mondes par un mode en ligne monétisé plutôt que par des campagnes payantes. Le sort de Johnny Klebitz résume l’époque : le héros de The Lost and Damned est expédié en quelques secondes au début de GTA V, tué par Trevor, comme un symbole cruel de la fin d’une époque. Pour comprendre ce virage et ce qu’il annonce, lisez notre analyse sur les DLC solo et GTA VI, notre rétrospective de GTA IV et notre suivi de la date de sortie de GTA VI.
Episodes from Liberty City reste un objet unique : le moment où Rockstar a prouvé qu’un DLC pouvait être une œuvre à part entière. On attend toujours qu’un studio, le sien y compris, ose recommencer. Alfred, GTA Zone.
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