Max Payne, c’est le polar qui a appris aux jeux de tir à raconter une histoire. Bullet-time emprunté à Matrix, narration en cases de bande dessinée, voix off désabusée d’un flic new-yorkais brisé : trois jeux cultes, et un silence de plusieurs années depuis l’annonce d’un remake. Pourtant, le projet existe bel et bien, il avance, et son calendrier dépend entièrement d’un autre monstre nommé GTA VI. Voici l’état réel du dossier, sources officielles à l’appui.
Un remake confié à Remedy, financé par Rockstar
Le 6 avril 2022, Remedy Entertainment officialise l’accord : le studio finlandais va refaire Max Payne et Max Payne 2, et les réunir en un seul jeu, pour PC, PlayStation 5 et Xbox Series X|S. Le développement s’appuie sur Northlight, le moteur maison de Remedy déjà à l’oeuvre dans Control et Alan Wake 2. Côté argent, c’est Rockstar qui paie : l’éditeur finance un budget « à la hauteur d’une production AAA typique de Remedy », le studio ne touchant des royalties qu’une fois que Rockstar aura récupéré ses frais de développement, de marketing et de distribution.
La filiation est limpide. « Nous étions ravis quand nos amis de longue date de Remedy nous ont approchés pour refaire les Max Payne originaux », déclare alors Sam Houser, fondateur de Rockstar. Remedy parle de son côté d’un « très, très gros projet », pensé pour amener les deux jeux aux standards techniques modernes plutôt que pour un simple lifting. Pour situer ce remake parmi les autres pépites du catalogue de l’éditeur, voyez notre tour d’horizon des meilleurs jeux Rockstar hors GTA.
Pourquoi Rockstar possède Max Payne, et pas Remedy
Voilà le paradoxe qui surprend les néophytes : Remedy a créé Max Payne, mais ne lui appartient plus. Le 22 mai 2002, Take-Two Interactive, maison-mère de Rockstar, rachète la propriété intellectuelle de la série pour 10 millions de dollars en cash plus 969 932 actions, une opération dont la valeur totale a été estimée autour de 34 millions de dollars à l’époque. Depuis, les droits de la marque sont dans l’escarcelle de l’éditeur. C’est exactement pour cela que le créateur d’origine a dû négocier un accord pour toucher de nouveau à ses propres personnages.
Ce lien entre les deux maisons ne date pas d’hier. Rockstar avait déjà publié Max Payne 2 en 2003, puis développé lui-même Max Payne 3 en 2012, avec Rockstar Vancouver en tête du collectif Rockstar Studios. Et pas sur n’importe quelle technologie : sur le moteur RAGE, celui-là même qui anime GTA IV, GTA V et Red Dead Redemption 2, avec la physique Euphoria pour les réactions des corps aux balles. Si vous voulez comprendre pourquoi ce moteur est un personnage à part entière chez Rockstar, notre dossier sur les graphismes et le moteur RAGE entre dans le détail.
Le remake, lui, prend le chemin inverse : il ne tourne pas sur RAGE mais sur le Northlight de Remedy. Logique, puisque c’est le studio finlandais qui tient la manette, pas Rockstar.
| Opus | Année | Studio | Éditeur | Moteur |
|---|---|---|---|---|
| Max Payne | 2001 | Remedy Entertainment | Gathering of Developers | MAX-FX (Remedy) |
| Max Payne 2: The Fall of Max Payne | 2003 | Remedy Entertainment | Rockstar Games | MAX-FX (Remedy) |
| Max Payne 3 | 2012 | Rockstar Studios (Vancouver) | Rockstar Games | RAGE + Euphoria |
| Max Payne 1 & 2 (remake) | À venir | Remedy Entertainment | Rockstar Games | Northlight (Remedy) |
Où en est vraiment la production en 2026
Fini la phase de concept des débuts : le remake est passé en pleine production courant 2024. Dans son rapport du premier trimestre 2026, Remedy indique que le projet « avance vers ses jalons », formule prudente mais qui confirme que le développement suit son cours. Le studio a d’ailleurs déjà expliqué sa mécanique : une fois en production complète, il faut compter un à deux ans, suivis d’environ six mois de bêta-test, avant qu’un jeu soit prêt à sortir.
La période n’a pas été un long fleuve tranquille pour Remedy. En octobre 2025, le PDG Tero Virtala, à la tête du studio depuis 2016, quitte ses fonctions avec effet immédiat, sur fond de démarrage poussif de FBC: Firebreak, le premier jeu auto-édité de la maison. Le cofondateur Markus Mäki assure l’intérim. Malgré ce séisme à la direction, le chantier Max Payne, lui, n’a pas été remis en cause : c’est un projet financé par un partenaire extérieur, à part dans le portefeuille du studio.
Le vrai frein : l’ombre de GTA VI
Pourquoi un tel silence radio, alors ? La réponse tient en deux mots : Rockstar décide. La communication autour du remake est entièrement pilotée par l’éditeur, et Remedy a reconnu avoir les mains liées sur le sujet. Or Rockstar n’a qu’une obsession en 2026 : ne rien laisser détourner l’attention de GTA VI, attendu le 19 novembre 2026. Annoncer une date pour Max Payne en plein matraquage marketing de son jeu le plus important serait contre-productif.
Conséquence directe sur le calendrier : aucune sortie officielle n’est fixée. Une fenêtre fin 2026 reste théoriquement possible si le rythme tient, mais 2027 paraît bien plus réaliste, ne serait-ce que pour laisser le champ libre au lancement de GTA VI. C’est le même phénomène d’attraction qui pousse d’autres studios à fuir la fin 2026 : quand le plus gros jeu de la décennie débarque, tout le monde s’écarte, y compris Rockstar avec ses propres projets. Le retour de Max Payne se fera donc à son heure, une fois la voie dégagée.
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