Et si le meilleur jeu policier jamais signé par Rockstar n’était pas un GTA ? Sorti le 17 mai 2011, L.A. Noire vous met dans la peau du détective Cole Phelps, dans un Los Angeles de 1947 reconstitué rue par rue. Un polar jouable, porté par une technologie de capture faciale qui n’a toujours pas d’équivalent. Et qui, quinze ans plus tard, refait parler de lui.
Un détective dans le Los Angeles de 1947
Oubliez les braquages et les courses-poursuites de Los Santos. Ici, on enquête. Cole Phelps, ancien Marine revenu hanté du Pacifique, gravit les échelons du LAPD affaire après affaire, du bureau de la circulation à la criminelle, des mœurs aux incendies criminels. Chaque dossier suit la même mécanique de fond : examiner une scène de crime, ramasser des indices, recouper des témoignages, puis cuisiner les suspects.
Développé pendant près de sept ans par le studio australien Team Bondi, sous la direction de Brendan McNamara, et édité par Rockstar Games, le jeu est une anomalie dans le catalogue. Là où GTA et Red Dead tournent sur le moteur maison RAGE, L.A. Noire repose sur un moteur propre à Team Bondi. Son terrain de jeu : une reconstitution du Los Angeles d’après-guerre, bâtie à partir de relevés et de photos d’époque, dans laquelle on circule librement entre deux enquêtes. Le casting, lui, emprunte à la télévision : Cole Phelps a les traits et la voix d’Aaron Staton, vu dans la série Mad Men.
Cette obsession du vrai lieu n’est pas propre à L.A. Noire : c’est une marque de fabrique du studio, qu’on retrouve dans les villes réelles derrière les cartes de Rockstar, de Vinewood à Vice City.
MotionScan, la technologie qui lisait les visages
Le coup de génie de L.A. Noire tient en un mot : MotionScan. Mise au point par Depth Analysis, société sœur de Team Bondi, cette technologie filmait le visage entier des acteurs sous 32 caméras simultanées, sans les marqueurs habituels de la capture de mouvement. Le résultat restituait chaque micro-expression, chaque crispation, chaque regard fuyant.
Pourquoi c’était révolutionnaire ? Parce que le gameplay reposait dessus. Après le témoignage d’un suspect, le jeu vous demandait de trancher : le croire (Vérité), douter (Doute) ou l’accuser de mentir (Mensonge), cette dernière option exigeant de présenter une preuve concrète. Tout se jouait sur la lecture du visage. Un coup d’œil de travers, une lèvre qui tremble, et vous teniez votre coupable. Quinze ans après, GamesRadar y voit toujours la meilleure série que Rockstar n’a jamais transformée en saga.
Un carton critique qui a coulé son studio
La presse a salué le pari. Metacritic 89, des éloges sur l’ambiance et l’écriture, 4 millions d’exemplaires écoulés le premier mois, et un cumul qui dépassera les 7 millions au fil des rééditions. Sur le papier, un succès net pour Rockstar.
Dans les coulisses, c’est un naufrage. Quelques mois après la sortie, Team Bondi est placé en administration puis en liquidation à l’automne 2011. D’anciens employés dénoncent des conditions de travail extrêmes, un crunch à rallonge, des dizaines de développeurs absents du générique final et des arriérés de salaires. Le studio qui venait de livrer l’un des jeux les plus ambitieux de sa génération n’a pas survécu à sa propre production. Rockstar, lui, a pris ses distances avec le studio dans la foulée.
Ce sort tragique fait de L.A. Noire un cas à part, même dans notre top des meilleurs jeux Rockstar hors GTA, où il côtoie Red Dead, Bully et Max Payne. Un chef-d’œuvre orphelin, sans suite, longtemps resté lettre morte.
| Date | Étape |
|---|---|
| 2004 | Début du développement chez Team Bondi, à Sydney |
| 17 mai 2011 | Sortie sur PS3 et Xbox 360, éditeur Rockstar Games |
| Automne 2011 | Team Bondi placé en liquidation, malgré 4 millions de ventes |
| 14 nov. 2017 | Version remastérisée 4K (PS4, Xbox One, Switch), plus L.A. Noire: The VR Case Files |
| 3 mars 2025 | Rockstar rachète Video Games Deluxe, rebaptisé Rockstar Australia |
| 28 avril 2026 | Zelnick (Take-Two) entretient l'espoir d'un retour des anciennes licences |
Le grand retour : McNamara revient chez Rockstar
C’est là que l’histoire boucle. Après la chute de Team Bondi, Brendan McNamara fonde en 2013 un nouveau studio, Video Games Deluxe, qui collabore étroitement avec Rockstar : il signe les rééditions 2017 de L.A. Noire et la version VR, puis les mises à jour de la trilogie GTA en Definitive Edition. Et le 3 mars 2025, Rockstar franchit le pas : il rachète Video Games Deluxe et le rebaptise Rockstar Australia. Le créateur de L.A. Noire est officiellement de retour dans la maison, quatorze ans après avoir vu son studio sombrer.
Faut-il y voir le présage d’une suite ? Interrogé en avril 2026 lors de l’événement iicon de Las Vegas, le PDG de Take-Two Strauss Zelnick a botté en touche tout en laissant la porte entrouverte : rien à annoncer sur L.A. Noire en particulier, mais le groupe réfléchit en permanence à ses anciennes licences, à condition d’avoir une équipe passionnée pour s’y atteler. Avec McNamara de nouveau à bord, cette équipe existe désormais.
Le calendrier, lui, est limpide : tant que GTA VI sortira le 19 novembre 2026, Rockstar concentre tout dessus. C’est l’après qui se joue en coulisses. Comme le remake de Max Payne confié à Remedy, le retour de L.A. Noire fait partie de ces vieilles gloires que le studio garde sous le coude. Le polar de 1947 a peut-être enfin trouvé le chemin d’une seconde vie.
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